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Transports - Infrastructures

La translocation de lézard ocellé

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publié le 23 juillet 2015 (modifié le 10 mars 2016)

Réalisation d’une campagne de sauvegarde du lézard ocellé et de l’herpétofaune associée

Lézard ocellé - © BE Ecosphère

Lézard ocellé - © BE Ecosphère

  1-Le contexte

La déviation de Miramas nécessite une opération de "translocation de lézard ocellé" pour laquelle la DREAL PACA/STI a obtenu, en collaboration avec l’EPAD, porteur du projet du futur village des marques, situé sur la ZAC de la Péronne, un arrêté préfectoral en date du 17 février 2013, après avis favorable du CNPN à la demande de dérogation à l’interdiction de destruction et de déplacement de spécimens d’espèces animales protégées ainsi qu’à la destruction, l’altération ou la dégradation d’habitats d’espèces animales protégées.

Le dossier de demande de dérogation a été réalisé en étroite collaboration avec le service SBEP, de la DREAL qui a assuré l’instruction.

Les études d’environnement conduites dans le cadre de ce projet, ont conclu à la persistance d’impacts résiduels, sur plusieurs espèces protégées, malgré la mise en oeuvre de mesures d’évitement et de réduction.

L’opération de translocation est réalisée par le bureau d’études ECOSPHERE, spécialiste des études de projets d’aménagements en milieu naturel, AGIR écologique, structure spécialisée en génie écologique, en charge du plan de gestion, l’association COLINEO qui assure le suivi télémétrique du lézard ocellé, et la compagnie des forestiers, société de travaux, spécialisée sur les interventions sur le milieu naturel.

  2- Nature de l’opération

Cette opération a débuté en février 2015. Elle comprend :

  • des interventions sur le site du futur aménagement (opération de capture notamment), permettant de limiter les impacts sur les espèces protégées présentes localement.
  • des opérations sur le site qui accueillera durablement les espèces capturées, tout en inscrivant dans la durée, la vocation conservatoire des terrains identifiés pour la compensation.

Elle vise à construire des gîtes sur un terrain appartenant au SAN (à proximité du lieu de capture), qui fait l’objet d’un arrêté de protection de biotope, pour accueillir les lézards, dont la campagne de capture a débuté le 20 avril 2015.

  3-Méthodologie : pose de plaques (site de capture) et préparation de gîtes artificiels (site de déplacements)

Les densités d’individus du lézard peuvent largement augmenter, si la disponibilité en gîte est augmentée. Pour ce faire, 6 gîtes de translocation ont été réalisés pour chaque lézard ocellé capturé, en amont des opérations de capture.

Les gîtes réalisés sont fonctionnels, car ils permettent la thermorégulation et l’hibernation de l’espèce, et peuvent être démontés et remontés lors des opérations de suivis.

Les gîtes ont également été réalisés en prenant soin d’éviter la destruction / perturbation d’espèces floristiques protégées, comme l’Ophrys de Provence, présente sur le site.

Ophrys de Provence - © DREAL PACA - BASSI Christelle

Les reptiles sont des animaux qui ne régulent pas leur température interne, celle-ci varie en fonction de la température extérieure. La reprise de l’activité des reptiles a lieu lorsque la température extérieure et l’insolation deviennent suffisantes, en début de printemps.
Leur incapacité à réguler physiologiquement leur température les oblige à rejoindre, des microhabitats leur permettant de récupérer une partie de la chaleur de leur environnement.

Les plaques constituent un équipement de choix pour la capture des reptiles. Le bureau d’études utilise deux types de plaques : des plaques bituminées et des plaques en fibrociments non amiantées.

Plaque bituminée - © DREAL PACA - BASSI Christelle

Plaques en fibrociment de 1x1 m - © DREAL PACA - BASSI Christelle

Les plaques, sont posées sur le site de la Péronne et facilitent la capture des reptiles sans destruction. Les plaques sont relevées à chaque section de capture.

  4- Capture du lézard ocellé

L’opération de capture et de translocation du lézard du site d’aménagement (ZAC de Péronne), vers le site de de compensation (33,6 ha), site de la petite Cabasse, s’effectue selon trois méthodes complémentaires :

  • contrôle de plaques et capture des reptiles sous les plaques abris.
  • capture en sortie de garenne, la capture des individus occupant les garennes se fait à l’aide d’une piège à tube. Ce piège est constituée d’une gouttière de 70 cm de long et de 10 cm de diamètre, ouverte sur le dessus. Il est muni à l’entrée d’une trappe en Plexiglas, qui laisse entrer le lézard et l’empêche de ressortir. Le dessus de la gouttière et la sortie sont recouvert de moustiquaire afin de laisser passer la lumière et attirer l’individu à entrer dans le piège pour thermoréguler.

Piège à tube gouttière - © BE Ecosphère

  • capture suite aux prospections réalisées par les herpétologues : recherche en insolation à l’aide de jumelle.
  • capture mécanique : les gîtes potentiels se présentent sous plusieurs formes : garenne de lapin, qui sont détruites au tractopelle, gravats et détritus, et gros blocs rocheux. (sites de pontes préférentiels pour les serpents, et sites d’émergence des jeunes couleuvres).

© DREAL PACA - BASSI Christelle

Les gros blocs de béton sont manipulés à la pelle mécanique par la Compagnie des forestiers. Les détritus sont classés en vue de leur future mise en décharge (blocs bétons, pneus, férailles)

Site de la Péronne - © DREAL PACA - BASSI Christelle

Outre la translocation du lézard ocellé, d’autres espèces ont également capturées et sauvegardées :

  • le Crapaud Calamite,
  • le Crapaud Commun,
  • le Seps strié,
  • la Couleuvre de Montpellier
  • la Couleuvre à Echelons

  5- Translocation :

Deux lézards ont été capturés (un adulte et un juvénile). L’adulte mesure 30 cm, (15 cm de la tête au cloaque, et 15 cm de queue), il pèse 95 gr.
Ils sont conservés dans un site de préservation temporaire, avec équipement pour la télémétrie.

Enclos d'acclimatation du lézard - © DREAL PACA - BASSI Christelle

Le suivi télémétrique consiste à équiper les lézards ocellés d’émetteurs VHF dont la fréquence est transmise à un récepteur via une antenne et permettant la localisation de l’animal. Un harnais en élastoplast est placé sur le dos de l’animal (il est peint au couleur du lézard). Cet émetteur ne doit pas
dépasser plus de 5% du poids du corps de l’animal. Grâce à cet émetteur, le suivi est assuré pour une durée de 19-20 jours, le facteur limitant étant les mues de l’animal.

Lézard équipé du harnais en Elastoplast - © BE Ecosphère

La méthode de localisation retenue est le "Homing in", qui offre une bonne précision de la localisation de l’individu, durant la durée de maintien des émetteurs. Cette technique consiste à suivre la localisation du signal émis jusqu’à ce que l’on place le récepteur juste au-dessus de la source émettrice et que l’animal soit réellement observé. La position de l’individu est ensuite enregistrée par GPS.
Les lézards ocellés sont capturés sur le site de la Péronne, et déplacés vers le site de compensation (Domaine de Cabasse).

Domaine de Cabasse - site de compensation - © DREAL PACA - GASCUEL Martin

Un suivi télémétrique aura lieu sur la période d’avril à juin, afin d’évaluer le succès, à moyen terme de la translocation sur la zone de compensation. Un plan de gestion sera défini.

  • Herpétofaune : ensemble des espèces de reptiles et d’amphibiens.
  • Lézard ocellé : c’est une espèce en déclin au niveau national. L’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) l’a inscrit sur la Liste rouge des espèces menacées – catégorie VU (Vulnérable). Dans le sud de la France, une chute des effectifs a également été constatée. Dans la plaine de la Crau, les experts sont formels : depuis le milieu des années 90, l’espèce connaît une réduction de ses effectifs.
  • Mesure compensatoire : mesure qui apparait en dernier recours, (conformément à la doctrine nationale E,R,C), lorsque la démarche itérative d’évitement et de réduction des impacts n’a pas permis de les supprimer totalement. Cette mesure est conçue pour compenser les impacts résiduels significatifs du projet.
  • Suivi radio-télémétrique : technique de suivi des animaux, qui comprend les équipements des individus, le suivi et la recapture potentielle.
  • Plan de gestion : c’est un document de référence sur l’état de l’environnement, un outil d’analyse du fonctionnement écologique, social et économique du site, un document d’identification et de hiérarchisation des objectifs du site, mais également un outil d’aide à la décision pour les gestionnaires.

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